Colloque international organisé par le DILTEC-Sorbonne nouvelle Paris 3, en association avec le STIH-Sorbonne université, les Cours de civilisation française de la Sorbonne (CCFS), la Société internationale pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde (SIHFLES). Reporté à 21 et 22 octobre 2021.

Octobre 2020 marquera le centenaire de l’ouverture d’une école très particulière dans le paysage universitaire du Quartier Latin du XXe siècle : l’École de préparation des professeurs de français à l’étranger (EPPFE), située au 3e étage, 46 rue Saint-Jacques, en face du Collège de France qui doit en grande part sa fondation à la volonté d’un intellectuel de l’époque, Ferdinand Brunot. Dans un contexte social et politique d’ouverture et particulièrement sensible à l’apprentissage des langues vivantes, Brunot avait mené des missions à l’étranger pour explorer des méthodes nouvelles d’enseignement. Mais c’est l’Alliance française de Paris qui constitue un véritable laboratoire pour cette école première du genre. En effet, dès 1894, Brunot y avait créé et dirigé les cours d’été, destinés à former les professeurs de français étrangers. Il avait introduit des cours de prononciation et de conversation, recruté « un des pionniers de la nouvelle phonétique expérimentale, l’abbé Jean-Pierre Rousselot ».

11Les Cours de langue et civilisation françaises de la Sorbonne, pour leur part, offraient déjà, depuis 1919, des cours pratiques de langue française aux étudiants étrangers.

Dès l’origine, l’ambition de Brunot avait été d’articuler, dans un paysage académique lui-même en construction, une formation qualifiante ouverte, déjà structurée par des stages, fondée sur des compétences identifiables. Les influences scientifiques seront nombreuses et la liste des élèves eux-mêmes ayant contribué à la construction scientifique du domaine est longue. À la fois ancrée dans une véritable tradition sorbonnarde, marquée par le prestige et l’excellence (tous ses pères fondateurs sont des normaliens issus de la rue d’Ulm), l’EPPFE offre aussi une ouverture singulière à l’altérité, car elle s’adresse aussi bien aux étrangers qu’aux nationaux. Du point de vue scientifique, elle détonne dans le paysage universitaire, et s’inscrit d’emblée dans une configuration scientifique expérimentale que Brunot  souhaitait intégrer à la Faculté des Lettres de Paris. Il avait d’ailleurs déjà créé « les Archives de la parole » en 1911, immédiatement suivi de l’Institut de Phonétique de Paris, contribuant ainsi à la construction de disciplines universitaires (phonétique/linguistique).

Le caractère patrimonial de l’EPPFE est d’autant plus intéressant qu’il se situe au cœur d’une dynamique internationale que tout le XXe siècle vient travailler de multiples manières.

Créée après le choc de la Première Guerre mondiale, l’école devient entre 1945 et 1963 l’ESPPPFE (École supérieure de préparation et de perfectionnement des professeurs de français à l’étranger). Dirigée alors par Pierre Fouché, elle est projetée dans une dimension internationale par les élèves qui vont la faire vivre. Elle contribue à la diffusion du français de manière évidente, tout en assurant déjà la nécessité d’une forte contextualisation de son enseignement, du fait même de la diversité de ses recrutements. C’est dans ce sens aussi qu’elle profite des failles mêmes du système colonial, dont elle relève pourtant de fait. La tension entre des idéologies d’enseignement monolingues et des pratiques d’enseignement et d’apprentissage souvent plurilingues va en effet pouvoir s’observer partout… L’école « survit » plus ou moins pourtant en se transformant régulièrement dans le cadre des grandes reconfigurations politiques (Seconde Guerre mondiale, décolonisation, post-colonisation, création de l’Union européenne) et aux reconfigurations sociolinguistiques qui s’y attachent (langues coloniales, langues officielles, langues secondes, langues de scolarisation, etc.).

Se pencher sur l’histoire de l’EPPFE à l’occasion de son centenaire revient donc à interroger les dynamiques globales de formation des enseignants de français langue étrangère afin de dessiner une géopolitique des institutions chargées de ces formations. Plus largement, ce colloque vise à mettre en lumière l’apport des travaux en histoire de la didactique des langues et des cultures et se situe dans la continuité d’autres manifestations scientifiques. En mai 2008, une première journée d’étude, intitulée « L’École de préparation des professeurs de français à l’étranger à l’UFR DFLE. Histoire d’une institution (1920-2008) », a eu lieu dans les murs mêmes où cette institution a été créée.

Depuis 2017, le programme CLIODIL du DILTEC (Histoire et historicité en didactique des langues) explore la dimension historique de et dans la didactique des langues. Ce programme, dont le colloque fait entièrement partie, entend contribuer à une refonte de l’histoire de cette discipline selon une approche globale et connectée (Appadurai 2001, Bertrand 2011,  Subrahmanyam 2007 et 2014), qui prend en charge le continuum des échelles d’étude et la notion de régime d’historicité (Hartog 2003), tout en faisant une large place à l’anthropologie historique (Wachtel 2014) et à la démarche indiciaire (Ginzburg 2010).

Dans cette perspective, le DILTEC ouvre largement cet appel aux chercheurs qui ont contribué, mais également à ceux qui ont hérité de cette histoire, afin de comprendre les dynamiques de continuité et discontinuité  impactant la formation des enseignants de 1920 à 2020. Ce colloque sera également l’occasion pour le DILTEC de présenter de manière inédite et dynamique les archives existantes sur l’école conservées sur place.

Les communications pourront s’inscrire dans quatre axes visant l’histoire de l’école elle-même ou mettant en dialogue l’histoire de l’EPPFE avec les histoires de la constitution du champ de la didactique des langues et des cultures, et notamment avec d’autres écoles du même type.

Les deux premiers axes porteront sur l’histoire parisienne de l’EPPFE et permettront d’en éclairer le fonctionnement et l’évolution afin d’en dresser un portrait à plusieurs voix. On pourra élargir à d’autres écoles ou institutions qui ont été en rapport avec cette dernière.

  • Vie de l’EPPFE et ses archives. Un premier axe regroupera des communications portant spécifiquement sur l’école. On s’intéressera ici à la vie concrète de l’EPPFE, ses contenus d’enseignement, son organisation et son public d’étudiants. Cet angle d’étude privilégiera les travaux portant directement sur les archives de l’EPPFE ainsi que les communications de « grands témoins » de l’école.
  • Territoires disciplinaires et acteurs institutionnels. Un deuxième axe s’inscrira dans une forme de sociologie des institutions, en proposant une réflexion sur les territoires disciplinaires et les acteurs de l’école elle-même, ou d’autres écoles du même type,  pour comprendre l’évolution des contenus de formation.

Les deux derniers axes viseront à interroger la place de l’EPPFE et la diversité de son influence, dans le temps et les espaces, pour le champ de la didactique du français langue étrangère.

  • Géopolitique et réseaux connexes d’enseignement-apprentissage du français langue étrangère. Les communications de cet axe viseront l’étude d’autres institutions et trajectoires d’apprenant ou d’enseignant pour mieux saisir les processus de constitution d’une géopolitique de la formation des enseignants de français langue étrangère.
  • Épistémologie, historicité et transmission. Le dernier axe s’intéresse à l’héritage et plus particulièrement aux conséquences contemporaines de l’histoire de l’EPPFE. Les questionnements porteront sur des niveaux aussi bien scientifiques qu’institutionnels. Il sera question de comprendre l’impact de cette histoire sur la constitution du champ scientifique de la didactique des langues et des cultures, mais également sur les phénomènes de polarisation institutionnelle pour la formation des professeurs de français langue étrangère. Enfin, ce dernier axe interrogera les phénomènes de transmission d’une historicité disciplinaire.

Les propositions de communication seront à déposer sur l’espace Sciencesconf de la conférence : https://cent-eppfe.sciencesconf.org/ En cas de problème de connexion sur la plateforme, veuillez suivre ce lien. Les propositions sont à déposer jusqu’au 8 janvier 2021. Elles comporteront 500 mots maximum et des références bibliographiques. Réponses aux communicants: 14 avril 2021. 


Références bibliographiques

APPADURAI Arjun, 2001 [1996], Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris : Payot.

BERRÉ Michel et SAVATOVSKY Dan (dir.) 2010, Documents pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde (n° 44) 

BERTRAND Romain, 2011, L’Histoire à parts égales. Récits d’une rencontre, Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle), Paris : Le Seuil.

CHEVALIER Jean-Claude et ENCREVÉ Pierre, 2006, Combats pour la linguistique, de Martinet à KristevaEssai de dramaturgie épistémologique. Lyon : ENS Éditions.

Documents pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde, n° 20, 1997,  « L’apport des centres de français langue étrangère à la didactique des langues ».

GINZBURG Carlo, 2010 Nelle éd., « Traces. Racines d’un paradigme indiciaire ». Mythes emblèmes traces. Morphologie et histoire, Paris : Verdier. pp. 139-180.

HARTOG François, 2003, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris : Le Seuil.

SUBRAHMANYAM Sanjay, 2007, « Par-delà l’incommensurabilité : pour une histoire connectée des empires aux temps modernes », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 54-4 bis, pp. 34-53.

SUBRAHMANYAM Sanjay, 2014, Aux origines de l’histoire globale, Leçons inaugurales du Collège de France, Paris : Fayard. recension

WACHTEL Nathan, 2014, Des archives aux terrains, Essais d’anthropologie historique, Paris : Gallimard.


Voir aussi :

BRUNOT, Henriette, 1923, « Le but et les méthodes de l’école de préparation des professeurs de français à l’étranger », Revue internationale de l’enseignement, Année 1923, 77, pp. 34-40

 COMITÉ SCIENTIFIQUE

Présidente du comité scientifique
Francine Cicurel, Sorbonne-nouvelle Paris 3, Diltec

Membres du comité scientifique
Margaret Bento, Paris Descartes, EDA
Henri Besse, ENS – Lyon
Simon Coffey, Kings College, Londres
Daniel Coste, ENS – Lyon
Jean-Pierre Cuq, Université Nice S. Antipolis, ADEF
Marc Debono, Université François-Rabelais, Tours, DYNADIV
Didier Demolin, Sorbonne-nouvelle Paris 3, LPP
Bernard Franco, Sorbonne Université, Cours de Civilisation Française de la Sorbonne
Laurent Gajo, Université de Genève, CUSO (Suisse)
Enrica Galazzi, Université catholique Sacro Cuore, Milan (Italie)
Élisabeth Guimbretière, Université Paris Diderot
Douglas Kibbee, University Urbana Champaign, Illinois (USA)
Ulrike Krample, Université François-Rabelais, Tours, CeTHIS
Bruno Maurer, Université de Lausanne, EA 739 Dipralang
Philippe Monneret, Sorbonne Université, STIH
Despina Provata, Université nationale et capodistrienne d’Athènes, Département de langue et littérature françaises
Javier Suso Lopez, Université de Grenada (Espagne)
Karène Sanchez, Université de Leiden, LUCL (Pays-Bas)
Gilles Siouffi, Sorbonne Université, STIH
Georges Daniel Véronique, Aix-Marseille Université, LPLU
Geneviève Zarate, Inalco, Plidam

COMITÉ D’ORGANISATION

Nadia Bacor, Fabrice Barthélémy, Jean-Marc Beaud, Danilo Bolmicar, Alice Burrows, Amélie Cellier, Jean-Louis Chiss, Isabelle Cros, Estefania Dominguez, Émilie Kasazian, Véronique Laurens, Stéphanie Méchine, Coraline Pradeau, Clémentine Rubio, Magali Ruet, Dan Savatovsky, Valéry Spaëth, Laura Uribé, Corinne Weber.

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