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Histoire des idées dans la recherche en didactique des langues : 1945-2015

Université de Tours, France, 26 au 28 Mai 2021

Colloque inter-associations de l’APHELLE, CIRSIL, HSS, SEHL et SIHFLES

Avec le soutien de HoLLTnet (AILA Research Network for History of Language Learning and Teaching)

Organisé par l’EA 4428 DYNADIV de l’université de Tours

Constat de départ

Les travaux menés au sein de la SIHFLES, la HSS, la CIRSIL, l’APHELLE, et la SEHL traitent entre autres de l’histoire des langues, de leur diffusion, de leur enseignement et/ou apprentissage, des politiques et usages qui y sont liés, documentant de manière utile et nécessaire ces aspects jusqu’alors peu travaillés. Nous proposons, avec ce colloque, d’explorer une réflexion complémentaire, mettant explicitement l’accent sur l’histoire des formes de recherches et de théorisations didactiques, et leurs évolutions, à partir du moment où cette recherche en vient peu à peu à s’institutionnaliser (création de centres spécialisés, de revues, constitutions d’associations et de sociétés savantes, ouvertures de formations universitaires puis d’équipes de recherche, etc.).

Périodisation

La périodisation de ce colloque (1945-2015) nous renvoie à une nécessaire réflexion sur la place accordée à l’« histoire du temps présent » dans les préoccupations des associations organisatrices. En 1987, A. Reboullet interpelait ses contemporains, dans le but de stimuler une recherche historique balbutiante en FLE/S en visant l’histoire ancienne, tâche que la Sihfles s’attachera entre autres à remplir durant les 30 années qui suivirent. Aujourd’hui, avec le recul et le constat d’un « manque d’histoire » récurrent dans les disciplines étudiant la diffusion et l’enseignement/apprentissage des langues, on peut se demander s’il n’y a pas une certaine pertinence à embrasser cette histoire récente.

Sur la légitimité même de faire l’histoire d’un présent proche, on s’inspirera de la manière dont elle est pensée chez les historiens : les débats sur la notion de « temps présent » (expression préférée à l’adjectif « immédiate » pour qualifier ce type d’histoire) qui existent depuis les années 1970 sont à ce titre intéressants (voir sur ce point Bédarida, 2001). Éclairer le présent et l’avenir par le passé, éclairer le passé par le présent : porter une attention renouvelée à cette articulation en pensant, aussi (non exclusivement, bien entendu) le temps présent est également une manière de faire une histoire qui ne se prive pas d’être, aussi, politique, intégrant historiquement les débats contemporains, avec des projets qui peuvent être divers et variés, à envisager en tant que tels pour qu’ils puissent être débattus.

Argumentaire

Une réflexion approfondie et argumentée portant sur les questions de transmission et d’appropriation du français (et plus largement des langues) a été développée et, en quelque sorte, théorisée depuis plusieurs siècles. Mais si la recherche en didactique des langues n’est pas née au XXe siècle, c’est seulement après la seconde guerre mondiale qu’elle conquiert peu à peu une légitimation, avec des formes de construction et de reconnaissance institutionnelles.

Prenons ici l’exemple du français : s’il est aujourd’hui convenu de dater la véritable institutionnalisation de la recherche didactologique sur le FLE/S au tournant des années 1970- 1980, on peut néanmoins remonter à l’immédiat après-guerre, période où la réflexion sur la diffusion du français à l’étranger s’organise, entrainant ainsi des recherches sur des modes d’E/A jugées plus appropriés aux nouvelles réalités sociales et géopolitiques.

Les idées didact(olog)iques en FLE/S, jusqu’à une période très récente, se sont principalement élaborées en France : il serait hypocrite de ne pas le reconnaitre, de ne pas reconnaitre que la « la didactique [du FLE/S] est née de la diffusion » (Coste, 1986 : 26), donc en partant d’un « centre ». Néanmoins les apports étrangers ont été conséquents ; d’une part, les institutions françaises ont bénéficié du concours d’éminents chercheurs étrangers (comme P. Guberina) ; et, d’autre part, les théories ayant vu le jour en France ont bien sûr été reçues, adaptées, réélaborées en fonction de situations très diversifiées, dans de nombreux pays. Il est donc essentiel d’examiner comment ces réceptions et adaptations, en dehors des espaces francophones, ont aussi contribué, à faire évoluer des choix et théories élaborés principalement, au départ, en France. Par ailleurs, la DFLE/S a pu rencontrer dans différents contextes des idées et recherches élaborées pour d’autres langues, parfois selon d’autres dynamiques de structuration disciplinaires (ex. : les recherches en « linguistique appliquée » ou en « éducation » dans le contexte anglophone ; ou plus largement en sciences humaines dans d’autres pays, etc.).

Pour ce qui concerne plus spécifiquement le FLE donc, en France et à l’étranger, c’est d’abord, au cours des années 1950, une perspective de diffusion qui sous tend « une politique de relations culturelles, scientifiques et techniques » (Coste, 1984) et amène la création de certaines institutions (en particulier le CEFE devenu le CREDIF, le CLA, le BELC). Ces dernières, dont les missions initiales de formation d’enseignants et d’élaboration de matériels pédagogiques sont prépondérantes, vont évoluer au cours des années 1960 et 1970 vers une diversification de leurs personnels (incluant de plus en plus d’universitaires) et de leurs activités, de plus en plus tournées aussi vers la recherche. Cela s’accompagne d’un mouvement vers la définition en gestation d’un domaine de réflexion revendiquant une autonomie relative, avec notamment la parution du Dictionnaire de didactique des langues (Galisson & Coste, 1976).

Cette revendication d’autonomie s’accroit au cours des années 1980, qui voient aboutir la création de filières universitaires de FLE en France, de la licence au DEA et DESS et le renforcement de recherches « autonomes » avec l’inscription croissantes de thèses de doctorat. Y augmentent les débats, les colloques, et les publications spécifiques dans des collections et des revues dédiées, comme les Etudes de linguistique appliquée dont le sous-titre deviendra, à la fin des années 1980, « Revue de didactologie des langues-cultures ». C’est aussi au cours des années 1980 que s’intensifient dans les travaux la place de la culture et le développement de « l’interculturel » et que sont créées plusieurs associations regroupant des enseignants et chercheurs de tous pays, comme l’ASDIFLE.

Les années 1990 voient un accroissement du nombre de thèses et l’identification d’axes au sein de laboratoires, puis d’unités de recherche à part entière spécifiquement centrées sur le FLE et / ou la DDL ; c’est aussi au cours de cette période que s’accroit le poids des institutions européennes (en particulier le Conseil de l’Europe) dans les réflexions didactiques et qu’on assiste à une plus grande internationalisation de la recherche/des idées didact(olog)iques en FLE/S. A partir des années 2000, avec en particulier la parution du CECRL, la place de l’Europe se renforce et, avec elle, s’imposent deux thématiques privilégiées qui « occupent » le terrain : le plurilinguisme et la contextualisation ; l’intérêt croissant d’institutions de la francophonie, comme l’AUF, pour les problématiques didactiques contribue aussi à mettre alors davantage l’accent sur des articulations à penser entre sociolinguistique et DDL. Quant aux premières années de la décennie 2010, elles laissent entrevoir des tentatives de retour de la linguistique appliquée, un intérêt grandissant pour le cognitivisme, mais aussi pour la réflexion épistémologique et l’histoire des idées.

On peut constater, tout au long de la période retenue, que la recherche en FLE/S présente certaines constantes (Castellotti, 2019) :

  • le maintien, malgré les travaux sur la contextualisation, d’une perspective prioritaire de diffusion ;
  • une place le plus souvent prédominante de la France et / ou des nombreux chercheur.e.s qui y ont été formés : le mouvement de « décentralisation » ayant porté des fruits relatifs ;
  • le choix régulièrement réaffirmé de la primauté de la communication pour l’apprentissage
    et l’enseignement des langues ;
  • une place de choix réservée à l’intervention : la discipline se conçoit comme prioritairement praxéologique.

En fonction de ce tableau brièvement esquissé de quelques lignes de force qui ont contribué à structurer la période considérée, on explorera au cours de ce colloque différents axes prioritaires de réflexion, qui permettront d’approfondir et de confronter les manières dont des chercheur.e.s diversement situé.e.s, en fonction notamment de leurs propres ancrages, tant géographiques que scientifiques, interprètent cette histoire..

Axes :

  • l’histoire des relations de la recherche didactologique avec les disciplines dites « connexes » (linguistique, littérature, psychologie, anthropologie, sociologie, philosophie, sciences cognitives, etc.) ;
  • l’histoire de la circulation des idées didactologiques entre différents pays et aires géographiques, pendant la période considérée
  • les grandes polémiques en DDL (ex. : l’utilitarisme, les « langues de base » (basic english, français fondamental), le fonctionnalisme, le béhaviorisme, le SGAV, le plurilinguisme, etc.) ;
  • le rapport des chercheurs-didacticiens avec les institutions officielles liées au français, et à la diffusion et à l’enseignement des langues : les ministères de l’éducation/de l’enseignement supérieur, les institutions européennes, celles de la Francophonie, etc. et les rapports / conflits entre politiques de « diffusion » et de « coopération » ;
  • l’évolution des conceptions des relations entre langues et cultures chez les chercheurs en DDL (l’émergence de la pensée de l’interculturel, la réflexion sur le fameux trait d’union « langue-culture », etc.) ;
  • l’histoire des discussions, en DDL, autour des conceptions de la langue : ces discussions théoriques orientant nécessairement les choix en termes de pratiques didactiques ;
  • les courants épistémologiques sous-jacents aux orientations à l’oeuvre et les conceptions de la recherche afférentes (dont les conceptions de l’histoire) : quelles évolutions sur la période considérée ?
  • la prise en compte du contexte/des contextes : les origines théoriques, politiques, éthiques de ce mouvement de fond qui prend toute son ampleur à la fin des années 80 ;
  • la prise en compte des contacts de langues et de la pluralité/diversité linguistique et culturelle ;
  • l’évolution de la place et du rôle de l’intervention du chercheur-didacticien, de l’articulation entre les recherches et les « terrains d’intervention » ; sa responsabilité ; l’adaptation à la demande sociale.

CONFÉRENCIERS INVITÉS 

Javier Suso Lopez, U.de Grenade

Daniel Coste, École Normale supérieure de Lyon

Nicola McLelland, U. Nottingham

COMITÉ SCIENTIFIQUE

(en cours de finalisation)

  • Almeida (de) José Domingues, U. Porto
  • Barsi Monica, U. Statale Milano
  • Beacco Jean-Claude, U. Sorbonne Nouvelle – Paris III
  • Becetti Ali, Ecole Normale supérieure de Bouzareah, Alger
  • Bel David, U. Normale de Chine du Sud
  • Berré Michel, U. de Mons
  • Besse Henri, Ecole Normale supérieure de Lyon
  • Castellotti Véronique, U. de Tours Coste Daniel, École Normale supérieure de Lyon
  • Debono Marc, U. de Tours
  • Denimal Amandine, U. de Montpellier III
  • Doff Sabine, U. Bremen
  • Fátima Outeirinho (de) Maria, U. Porto
  • Frijhoff Willem, U. libre d’Amsterdam
  • Fu Rong, U. des Etudes étrangères, Beijing
  • García Folgado María José, U. València
  • Germain Claude, U. du Québec à Montréal
  • Giesler Tim, U. Bremen
  • Huver Emmanuelle, U. de Tours
  • Iamartino Giovanni U. Milano
  • Kibbee Douglas, U. Illinois
  • Klett Estela, U. Buenos Aires
  • Klippel Friederike, U. Vienna
  • Mairs Rachel, U. Reading
  • McLelland Nicola, U. Nottingham
  • Meissner Franz-Joseph, U. Giessen
  • Nishiyama Jean Noriyuki, U. de Kyoto
  • Omer Danielle, Le Mans U.
  • Provata Despina, U. d’Athènes
  • Quijada Van der Berghe Carmen, U. Salamanca
  • Reinfried Marcus, U. Iena
  • Sanchez Karene, U. Leiden
  • Santos Ana Clara, U. d’Algarve
  • Schoysman Anne, U. Siena
  • Smith Richard, U. Warwick
  • Spaëth Valérie, U. Sorbonne Nouvelle – Paris III
  • Suso Lopez Javier, U.de Grenade
  • Véronique Georges Daniel, Aix-Marseille U.
  • Vigner Gérard, Éducation nationale
  • Zarate Geneviève, INALCO Paris

COMITÉ D’ORGANISATION

 

P. Ahtoy, A. Aslan, V. Castellotti, L. Courtaud, M. Debono, B. Fontaine, A. Karimi Goudarzi, H. Papasaika, C. Rubio

Secrétariat

Isabelle Aubert

Dates : du 26 au 28 mai 2021

Soumission des propositions:

Les propositions de communication comporteront, dans un fichier au format Word ou Open Office (3000 signes maximum espaces inclus) :

  • titre
  • nom et prénom de l’auteur / des auteurs / appartenance institutionnelle
  • mots-clés (5 maximum)
  • résumé
  • références bibliographiques essentielles (5 maximum).

Calendrier

Les propositions de communication devront être envoyées à dynadiv@univ-tours.fr au plus tard le 30 octobre 2020 La décision du comité scientifique sera diffusée début janvier 2021

Communications

Durée des communications : 25 minutes + 15 minutes de questions/réponses.

Frais d’inscription

Membres APHELLE, CIRSIL, HSS, SEHL, SIHFLES : 60,00 €

Autres : 80,00 €

Doctorants : 20,00 €

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